dimanche 29 mai 2022

Ils nous disent de sortir du silence, mais ils ne nous disent pas ce qu’il se passera après.

 

Alors, voilà ce qui se passe :

Une fois que tu auras nommé ton agresseur, la guerre sera déclarée.

Suspicion générale : Est-ce que tu es sûre que c’est bien lui ? C’est pourtant un homme respectable. Je ne peux pas croire que ce soit lui.

 

Et donc, tu vas commencer à perdre des « amis »…

 

Parce qu’on t’a dit de parler, mais on pensait que l’agresseur serait un vrai connard, pas un mec « bien », et surtout pas celui-là, celui qu’ils connaissent.

 

Tu as envie de rectifier, de dire qu’ils pensaient seulement le connaître.

Mais plus tu voudras rectifier, et plus tu deviendras la personne à abattre.

 

Tu auras envie de mourir, de disparaître.

Tu regretteras d’avoir parlé.

 

Ils avaient pourtant dit qu’ils te soutiendraient, quoi qu’il arrive…

 

Tu ignores que ton agresseur, lui, a fait campagne contre toi de son côté.

Qu’il te fait passer pour tout et n’importe quoi.

 

Tu pourrais devenir folle du simple fait de te demander :

Pourquoi ils le croient, lui, et pas moi ?

Alors qu’on m’a dit de parler. Alors qu’on m’a promis que ma parole serait bien accueillie…

 

Le monde, sous tes yeux, s’effondre et se retourne.

Tout est à l’envers, et rien n’a plus de sens.

 

On dira que tu mens, que ta version ne tient pas debout, que tu te venges, que tu es jalouse.

 

On pointera du doigt n’importe laquelle de tes faiblesses, de tes colères, et ton propre mal-être sera retourné contre toi : « voyez comme elle est instable, c’est bien parce qu’elle ment ».

 

Tu voudras expliquer, alors : le traumatisme, la peur, la honte.

Mais c’est trop tard. Trop tard pour tout.

 

Ils te disent de parler, mais eux-mêmes ne sont pas prêts à écouter. Voilà la vérité.

 

Et qui voudrait entendre, c’est vrai, que cette personne-là qui semble avoir une vie bien respectable, est capable du pire ?

 

Mais c’est pourtant ça : ils doivent être prêts.

 

Parce que, toi-même, ce mal, tu ne l’as pas senti venir. Parce que toi aussi tu croyais que c’était quelqu’un de bien.

Et que c’est pour ça que tu as laissé faire, c’est pour ça que tu es restée silencieuse.

Si lui semblait trop bien, c’est donc que c’est à toi d’avoir honte de ce qui s’est passé.

 

Parce que toi-même tu ne voulais pas y croire, tu ne voulais pas le voir.

 

On  te dit de parler, mais on ne te dit pas ce qui se passe après… C’est tout simplement l’enfer, ni plus ni moins, qu’il te faudra traverser.

 

Il faut que tu sois prête pour ça. Préparée à tout souffrir, à tout subir à nouveau.

Il faut que tu sois forte pour ça. Accompagnée de personnes sûres, et sur lesquelles compter.

 

Attache ta ceinture, attache-la bien fort, parce que ça va secouer.

Ça va être dur, mais ne t’inquiètes pas, ça ne va pas durer.

Tiens bon avec la vérité, et ne laisse pas les mensonges te détruire.

 

 

 

samedi 14 mai 2022

Hier et avant-hier, je n’ai fait que pleurer.

Ce matin, je me réveille avec encore beaucoup de tristesse, et des angoisses.

 

C’est fini. J’ai beau me dire que c’est fini… Je revois tout ce que j’ai traversé, et je le revis encore.

Et ça fait mal pareil.

 

La colère. L’injustice. La rage. La tristesse.

Intact, tout est intact.

 

J’ai repensé à Elle, à ce moment-là d’après.

Elle, écrivant dans son journal intime, essayant de comprendre.

Et puis mes black-out, mes instants de vide.

La jeune fille de 14 ans qui ne sait pas ce qui lui arrive.

 

J’ai repensé à Elle, et j’ai eu mal.

Parce que Elle, c’était moi.

 

Et j’arrête pas de me dire, tout ça… Tout ce que tu as fait et qui a mené à Ça.

Et d’en être là maintenant.

 

Sans cesse et sans cesse, je rembobine…

J’y croyais tellement pas, même dans mes rêves les plus fous.

Mais tout ça est arrivé et j’en suis là maintenant.

 

Passé et présent doivent se recomposer, s’accorder, se lier.

 

 

vendredi 13 mai 2022

Après le combat, on a les épaules lourdes de fatigue, mais légères de s’être débarrassées.

On peut enfin relever la tête, marcher droit, regarder loin devant.

C’est étrange et il faut s’habituer…

La première chose à faire : se reposer.

 

Quand on s’expose, on explose. Il faut ramasser les morceaux… Prends le temps, tout le temps qu’il te faut.

 

Après le combat, il y a la tristesse… De tout ce qui a été brisé, perdu. De ce qui a été saccagé, piétiné.

Autorise-toi à pleurer. Revenir juste un peu en arrière, et pleurer.

Laisse les larmes couler.

 

Après le combat, il y a la joie aussi…

D’avoir gagné ou non, mais en tout cas d’avoir été jusqu’au bout et d’avoir survécu.

Tu voudrais faire la fête, il est enfin temps de vivre… Mais prends le temps, rien ne presse. La vie est là, elle t’attendra…

 

Repose-toi pour de vrai, pleure pour de vrai, et tu pourras vivre pour de vrai. Mais pas avant…  car chaque chose en son temps.

 

dimanche 8 mai 2022

Plus je comprends le fonctionnement d’une fédération, et plus je déteste le sport.

Seuls comptent l’argent et les médailles.

 

Puis il y a les microcosmes des ligues et des comités. Tout le monde se connaît, tout le monde se côtoie, et si un agresseur se cache parmi eux, il pourra être protégé.

Que peut faire une fédération ? Rien, parce que chacun gère à son niveau.

A quoi sert une fédération ? Pour le haut niveau, les jeux olympiques, le prestige, l’argent.

 

Qu’attendre d’une fédération ? Rien. Si tu n’es pas dans le haut niveau, tu n’es personne.

Aussi simple que ça…

 

Nous ne sommes que des petites victimes écrasées par le système.

Et c’est comme ça partout, pas seulement dans le sport.

 

On nous fait des promesses, le monde va changer, la parole s’est libérée… Mais les promesses sont faites les jours de grande sortie d’affaires médiatisées.

Le reste du temps, il n’y a que du vent.

La parole s’est libérée, certaines ont été écoutées, d’autres non.

 

Mais surtout, la parole des personnalités de haut niveau a été écoutée et prise en compte.

Et les autres ? Les petites victimes de petits clubs ? Celles dont les agresseurs sont protégés par le réseau club-comité-ligue, où tout le monde se connaît et se protège ?

 

Le problème, c’est qu’on voudrait leur dire : n’attendez pas que les victimes parlent, allez les chercher, communiquez pour elles, allez vers elles…

Mais ils ne peuvent pas communiquer plus que ça, parce que ça fait sale au milieu des médailles, ça risquerait de faire peur aux parents, ils pourraient ne pas inscrire leurs enfants…

 

Moi, justement, en tant que parent, ça me rassurerait de savoir qu’une fédération, qu’un club ou qu’un comité a décidé de parler ouvertement et sans tabou du sujet… Ca me rassurerait de savoir qu’ils sont prêts à éclater leur microcosme si l’agresseur est parmi eux.

 

  Le club de Bondouble était au courant dès 2018. Ensuite il est resté en Ile de France et a monté une association de stages de Hand à desti...