dimanche 26 juin 2022

Il arrive que je me réveille ces temps-ci avec une espèce de vertige.

Le vertige de tout ce que j’ai fait depuis deux ans pour me battre.

 

Parce que j’ai osé exister.

Et que la relation avec mon agresseur ne me permettait pas ça, simplement ça : exister.

 

Il y a beaucoup de choses que j’ai faites sur ces deux années, avec comme une sorte de collier étrangleur, quelque chose qui me disait « Ne fais pas, N’ose pas, N’essaie pas, Laisse tomber »…

 

Je sais que ça me vient de ma relation avec mon agresseur, qui était particulière. Depuis le début c’était ça. Je me laissais mener, parce que je n’avais aucune idée de ce qui se passait, parce que je ne comprenais pas.

 

Et puis j’ai été réduite au silence, au secret, et je devais souffrir pendant que lui brillait, éclatait, éclaboussait même.

Lui, il s’en foutait. De ma souffrance, de mon silence, de ce que ça me coûtait.

 

Parce qu’il m’avait fait me sentir honteuse, et qu’en gardant le silence je me protégeais de la honte.

Mais je le protégeais surtout lui.

 

Alors, j’ai fait tout ça et maintenant, j’ai le vertige.

Maintenant, je ne me sens plus honteuse de ce qu’il m’a fait, mais honteuse d’avoir parlé, d’avoir exposé.

 

Et d’avoir osé parler, osé exposer…

 

Il faut se battre avec tout.

Avec le monde extérieur, pour être entendue.

Avec la honte, avec la peur, avec soi-même, pour parler et continuer.

 

Il faut se battre, c’est presque sans fin.

Les agresseurs nous oppressent, nous piétinent, et se relever n’est pas simple.

Surtout, sans le vertige, sans la honte, et sans le dégoût.

 

Un jour peut-être, il n’y aura plus ni vertige, ni dégoût, ni honte… Je l’espère.

 

 

 

 

vendredi 3 juin 2022

Je suis désolée de dire ce que je vais dire, mais c’est la vérité.

 

La vie n’a pas plus de sens après avoir parlé qu’avant.

 

C’est toujours le même foutu trauma, et la même foutue vie.

Avec, en plus, le trauma de s’être battue pour faire entendre sa voix.

 

Je ne sais pas ce que j’imaginais.

 

Peut-être que je pensais qu’une fois l’histoire racontée, sortie de moi, le trauma s’évaderait pour vivre sa propre vie, ailleurs, et le plus loin possible.

 

Peut-être que je pensais qu’affronter l’agresseur me rendrait plus forte, plus sûre de moi.

 

Mais c’est faux.

Je suis la même personne dans le même corps, et si l’agresseur est vaincu, le trauma est loin de l’être.

 

Alors, à quoi m’a servi tout ça ?

J’espère qu’un jour j’aurais la réponse.

 

Souvent j’ai lu des livres qui, en somme, racontaient cette histoire : mon agresseur m’a violée, j’ai souffert, je suis allée en justice, et depuis je vais mieux, j’ai pu reprendre le cours de ma vie…

 

Les livres se terminent toujours sur une note positive du genre, « voilà une page de mon histoire qui se tourne, enfin ».

 

Et les livres mentent.

Parce que le trauma te renvoie toujours à la même page, bien que tu essaies de changer.

 

Moi, je voulais savoir ce qui se passe après. J’ai vu.

Pour l’instant, je ne vois rien d’autre que le néant.

 

Ce n’est peut-être qu’une phase, ce n’est peut-être rien dans ce qui m’attend réellement pour l’avenir.

Car après tout, je n’ai plus à avoir peur de me cacher. Je n’ai plus à faire semblant d’être ce que je ne suis pas.

 

J’ai crié au monde que je suis une fille violée, et la grande avancée c’est que je peux enfin m’autoriser à être moi-même. Avec mes souffrances, avec mes cicatrices.

 

Je voulais n’écrire rien de déprimant, pour ne tirer personne vers le bas.

Mais je ne peux pas, et je veux dire la vérité.

 

 

 

  Le club de Bondouble était au courant dès 2018. Ensuite il est resté en Ile de France et a monté une association de stages de Hand à desti...