Il arrive que je me réveille ces temps-ci avec une espèce de vertige.
Le vertige de tout ce que j’ai fait depuis deux ans pour me battre.
Parce que j’ai osé exister.
Et que la relation avec mon agresseur ne me permettait pas ça, simplement ça : exister.
Il y a beaucoup de choses que j’ai faites sur ces deux années, avec comme une sorte de collier étrangleur, quelque chose qui me disait « Ne fais pas, N’ose pas, N’essaie pas, Laisse tomber »…
Je sais que ça me vient de ma relation avec mon agresseur, qui était particulière. Depuis le début c’était ça. Je me laissais mener, parce que je n’avais aucune idée de ce qui se passait, parce que je ne comprenais pas.
Et puis j’ai été réduite au silence, au secret, et je devais souffrir pendant que lui brillait, éclatait, éclaboussait même.
Lui, il s’en foutait. De ma souffrance, de mon silence, de ce que ça me coûtait.
Parce qu’il m’avait fait me sentir honteuse, et qu’en gardant le silence je me protégeais de la honte.
Mais je le protégeais surtout lui.
Alors, j’ai fait tout ça et maintenant, j’ai le vertige.
Maintenant, je ne me sens plus honteuse de ce qu’il m’a fait, mais honteuse d’avoir parlé, d’avoir exposé.
Et d’avoir osé parler, osé exposer…
Il faut se battre avec tout.
Avec le monde extérieur, pour être entendue.
Avec la honte, avec la peur, avec soi-même, pour parler et continuer.
Il faut se battre, c’est presque sans fin.
Les agresseurs nous oppressent, nous piétinent, et se relever n’est pas simple.
Surtout, sans le vertige, sans la honte, et sans le dégoût.
Un jour peut-être, il n’y aura plus ni vertige, ni dégoût, ni honte… Je l’espère.