J’ai appris que mon agresseur était toujours arbitre.
Violeur, menteur… et arbitre.
Voilà à quoi ça sert de parler : à rien.
Ça ne change rien.
On me dira que les faits sont prescrits et que je suis la seule victime déclarée… Alors au fond, c’est comme si je ne comptais pas.
C’est vrai que tout ça, c’est du passé, et pourquoi j’en fais tout un plat, en fait ?
Ah oui, pourquoi ?
Parce que le trauma, le manque de confiance aux autres, les tentatives de suicide, les scarifications, la dépression générale et l’anxiété globale.
Parce que la peur de vivre, ou plutôt la non-vie.
Parce qu’il fallait que je parle, parce qu’il fallait que je le fasse, pour traverser la voie de la guérison, pour être vraie avec moi-même, et avec les autres.
Parce que je croyais que ça servirait à quelque chose de faire tout ça.
Mais maintenant, je me rends compte que ça ne sert à rien.
J’ai toujours le trauma, le manque de confiance aux autres, les scarifications, la dépression générale et l’anxiété globale.
L’envie de retourner au fond du trou, où j’ai passé toute ma vie, déjà.
Les victimes sortent du silence, de plus en plus nombreuses, et de plus en plus félicitées pour leur courage.
Mais tout ça, c’est de l’hypocrisie, rien de plus.
Je ne crois plus au monde.
Je ne crois plus en rien.
Je n’y crois plus.