lundi 28 mars 2022

Puisque ma plainte a été classée, mon agresseur a porté plainte, avec l’aide de son avocate, pour dénonciation calomnieuse…

Dans la plainte initiale, il est même écrit pour « harcèlement moral et dénonciation calomnieuse ».

Le harcèlement moral étant que j’aborde le sujet des violences sexuelles sur les réseaux sociaux, et que cela est perturbant, on le comprend, pour un agresseur.

 

Dénonciation calomnieuse, parce qu’il continue de nier ce qu’il m’a fait et de dire que j’ai menti…

 

Sa plainte a été classée, faute de preuves.

Evidemment, puisque je ne fais qu’exposer la vérité depuis le début.

Et heureusement, une victime a le droit de raconter ce qu’elle a vécu, quand bien même les faits seraient prescrits.

 

Je raconte mon expérience pour aider les prochaines.

Pour celles qui le vivent, qui ont essayé de parler et qui n’ont pas été écoutées.

Et pour celles qui devront dénoncer un jour, quand elles se sentiront prêtes à le faire, parce que la dénonciation n’est pas un chemin de tout repos.

 

Si on m’avait dit tout ce que je m’apprêtais à vivre quand je l’ai fait, peut-être que je ne l’aurais pas fait. Peut-être que j’aurais hésité.

En tout cas, ce qui est sûr, c’est que je me serais mieux préparée à vivre tout ça.

 

Parce que, quand on débarque avec la vérité, on s’attend à être bien accueillie.

Mais la réalité est toute autre…

Tu seras trainée dans la boue et salie le plus possible… Tu seras détestée, parce que la vérité n’est jamais bonne à dire.

Il te faudra tenir le coup. Continuer de la brandir haut et fort. Continuer jusqu’à ce qu’elle gagne.

 

C’est une tempête, un ouragan, et on passe de nombreux moments sans savoir à quoi se raccrocher, mais on en sort vivant.

Je te promets, on en sort vivant.

 

 


mercredi 9 mars 2022

« Viol », pour toi, c’est juste un mot.

 

Je vais essayer de t’expliquer ce que ça veut dire, en vrai.

 

Un viol c’est quelqu’un qui a une relation sexuelle avec toi, alors que t’en as pas envie.

C’est quelqu’un qui s’excite avec ton corps, qui s’excite sur ton corps, alors que t’en as pas envie.

C’est quelqu’un qui prend du plaisir avec toi, alors que toi t’en prends pas.

 

Un viol, c’est quand tu te coupes de ton propre corps, et même de la réalité, pour essayer d’être ailleurs.

Parce que, clairement, t’as pas envie d’être là, t’as pas envie d’être ça, et t’as pas envie de voir ça.

 

Alors, t’es pas là. Ton corps est touché, secoué, mais pas toi. En tout cas, c’est ce que tu espères quand tu t’enfuis dans ta tête : que seul le corps soit touché.

 

Mais ça n’arrive pas. Ton esprit garde les images en mémoire. Et ton corps garde la mémoire de chaque geste.

 

Puis il y a quand même une partie de toi qui était là et qui a tout vécu… Mais elle, tu lui refuses l’existence.

 

Elle erre donc, quelque part dans ton esprit, et se réveille à chaque geste, mot ou odeur lui rappelant le viol.

Et quand elle se réveille, c’est comme si le viol était encore en train de se produire, comme si t’étais encore là-bas avec ton corps.

 

Alors le viol te poursuit, année après année.

 

Tu évites les gestes, les mots et les odeurs reliés au viol. Et tu penses que ça va bien se passer.

 

D’ailleurs, tu vas déjà mieux… Enfin c’est ce que tu crois.

 

En fait, tu ne vas pas mieux, parce que tu es coupée. Coupée des émotions liées au viol, et coupée de tes émotions d’une manière générale.

Coupée de la vie, comme d’une manière définitive.

 

Et coupée des autres, parce que tu sens que dans l’anormalité que tu vis, tu ne pourras plus les rejoindre.

 

Voilà ce que c’est, un viol.

dimanche 6 mars 2022

Il y a un an tout juste, je recevais le classement de ma plainte.

Le viol a été classé « non puni par la loi » (classement code 11, normalement réservé aux petites infractions comme les chèques impayés), et les relations sexuelles consenties ont été classées comme étant prescrites.

 

J’ai demandé des explications à ce classement, j’ai demandé à ce que le classement du viol soit revu, mais rien.

 

L’enquête, d’après mes calculs, a duré à peine un mois.

Mon agresseur a nié, me faisant passer pour une jalouse et folle qui faisait cela pour se venger de lui.

Les enquêteurs ne sont pas allés chercher plus loin.

 

Mon agresseur étant éducateur, je soupçonne d’autres victimes. Soit dans le milieu du hand, soit à son travail.

Mais je n’ai pas été écoutée, et à ce jour il est toujours à son poste d’éducateur, et toujours arbitre dans le hand.

 

J’étais déjà bien épuisée par tout ce que j’avais bougé pour obtenir une enquête, et la réception du classement de la plainte m’a littéralement achevée.

 

Je commençais déjà à sentir l’épuisement, la détresse. Et ça a été le coup de grâce, le burn out.

 

Après le classement, j’ai plongé.

 

A ce jour le viol est toujours bizarrement classé, et il semble que personne ne puisse rien y faire…

Si j’avais eu un avocat, ou si j’avais eu la force de hurler un peu plus fort, peut-être que les choses auraient pu changer.

Mais j’étais épuisée, et je n’avais qu’une envie : disparaître. Me classer comme ma plainte avait été classée.

Juste me rouler en boule, dormir et ne plus jamais me réveiller.

 

On vous envoie un bout de papier qui a été rempli par ordinateur, sans plus d’explications.

Une personne s’est probablement trompée de code en tapant le classement du viol, mais personne ne remet ça en cause.

 

Mon viol est donc considéré comme « non puni par la loi », et je l’ai reçu comme un crachat en pleine figure.

 


 

 

mardi 1 mars 2022

Toutes ces choses que j’ai gardées pour moi…

Parce qu’il fallait faire preuve de sang-froid et de courage, parce qu’il fallait se montrer forte.

Parce que j’ai refusé ma propre faiblesse aussi…

 

La vérité c’est que, j’ai voulu tenir le coup, mais je me suis effondrée.

 

J’ai voulu faire bonne figure, parce que j’ai passé des années de ma vie à faire bonne figure. Et il y a des habitudes qu’on garde, même si elles sont mauvaises.

 

Je n’ai pas vu le temps passer, et il a filé… Deux ans et demi de combat.

Bientôt trois ans… Je n’arrive toujours pas à le croire.

 

Il y a bientôt trois ans que j’ai décidé de changer le cours de ma vie.

Je suis passée par tous les stades.

De la peur de porter plainte à la peur de parler.

 

La peur de parler publiquement, dévoiler les détails de ma vie et que tout le monde les connaisse.

J’avais l’impression que les gens ne verraient plus que ça sur mon visage, ce qu’on m’a fait, ce qui m’est arrivé… Qu’ils ne pourraient plus jamais me voir autrement.

 

L’envie de mourir au classement de la plainte, qui m’a paru injuste.

 

Le black-out de ma vie, le burn-out intégral…

 

Le virus nous a enfermés, et cela m’allait très bien. Je n’étais plus capable d’aller nulle part, tant j’avais peur du monde, peur de l’extérieur.

 

Après le classement, je n’ai plus eu envie de rien, je n’ai plus été capable de rien.

Pendant un moment, je n’ai plus rien été.

 

J’ai continué d’écrire, continué de vivre un peu, mais à l’intérieur l’explosion était fracassante et je n’existais plus vraiment.

 

J’ai été pendant quelques mois sous anxiolytiques, parce que tout m’explosait et que j’avais besoin de repos.

 

Dormir, je voulais juste dormir.

Oublier, tout oublier.

Mourir.

 

Je n’ai pas voulu dire à quel point j’étais faible. Je n’ai pas voulu dire « voilà où tout ça m’a mené »…

Je ne voulais pas raconter le désespoir, j’ai voulu éviter d’entraîner ceux qui me lisaient dans ma chute.

 

Mais la vérité, la voilà : ça a été dur.

 

Je n’arrivais plus à m’accrocher à la vie, et il a fallu me pousser, m’aider pour que j’y arrive.

Pour que je vois enfin le bout du tunnel, et que je puisse dire : maintenant ça va mieux. Et quoi qu’il arrive, ça ira mieux.

 

C’est une phase difficile à traverser, un orage certainement nécessaire… Mais personne ne nous prépare à ça, la vie ne nous y prépare pas.

  Le club de Bondouble était au courant dès 2018. Ensuite il est resté en Ile de France et a monté une association de stages de Hand à desti...