lundi 31 janvier 2022

Il y a deux ans jour pour jour, alors que le scandale éclatait dans le monde du patinage, j’ai décidé d’écrire moi aussi à « ma » fédération.

J’ai, dans le même temps, répondu à l’appel à témoignage de l’Obs.

 

La Fédération m’a répondu assez rapidement, et m’a prise au sérieux. A l’époque, au tout début, j’ai été prise au sérieux...

La Cellule de signalement s’est formée (ou reformée, puisqu’il paraît qu’elle existait déjà depuis 2016 ou 2018, ai-je appris plus tard) et m’a contactée.

J’ai eu des échanges par mail, ainsi qu’un appel téléphonique.

J’étais stressée, tétanisée et morte de peur, je ne savais absolument pas ce que je venais de déclencher.

 

La journaliste de l’Obs m’a contactée également très rapidement, et m’a demandée de la rappeler.

Je déteste le téléphone.

J’ai failli ne pas appeler.

Mais j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai composé le numéro.

La journaliste a pris rendez-vous avec moi, et je l’ai vue quelques jours plus tard.

 

C’était quelque chose de complètement nouveau et d’absolument étrange pour moi : j’avais rendez-vous avec une inconnue, une journaliste, à qui j’allais raconter mon histoire.

Nous nous sommes installées dans un bar, et l’échange a duré un peu plus de deux heures.

Cela m’a épuisée.

 

Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour réfléchir à tout ce que je venais de faire, car le soir même de ce rendez-vous, un gendarme est venu sonner chez moi : la journaliste avait appelé le procureur pour savoir où en était la plainte que j’avais envoyé par courrier (porter plainte par écrit m’avait paru plus facile que pousser les portes d’un commissariat), il était enfin temps de m’auditionner…

 

Mon rendez-vous avec la journaliste était le jeudi, et j’ai été auditionnée le samedi qui a suivi, le 08 février 2020. Six mois après ma plainte écrite.

 

Je suis sortie de l’audition en miettes. Elle a duré un peu plus de quatre heures.

Il m’a fallu revenir dans les souvenirs, dans le traumatisme, revoir les images.

Et je me souviens que je devais mettre les images sur pause dans ma tête, parce que le gendarme n’écrivait pas assez vite par rapport aux souvenirs qui revenaient.

 

Ensuite, j’ai dû relire ma déposition, trois fois.

Relire mon viol trois fois…

 

Le 13 février 2020, l’article de l’Obs avec mon témoignage est sorti en ligne.

 

La Fédération, de son côté, a sorti un communiqué officiel, pour dire qu’un signalement avait été fait et que tout était entre de bonnes mains.

 

Je me sentais confiante, soutenue.

J’avais vaincu la peur de parler, la peur que mon histoire se sache, et j’avais dénoncé, enfin, mon agresseur à la fédération.

Une chose que j’aurais pu faire plus tôt, sans doute, mais qui ne m’était jamais venu à l’esprit.

Parce qu’on ne nous a jamais dit, je n’avais jamais entendu nulle part : « si vous avez un problème, parlez à la Fédération ».

 

Moi, j’avais commencé à en parler à mon entourage, dont une présidente de comité, et tout le monde s’était tu.

 

 

 

mardi 25 janvier 2022

L’autre jour, on m’a rappelé qu’il y a prescription.

La prescription, ça veut dire : lui n’ira pas en prison, mais toi tu restes dans la tienne.

 

Est-ce que je dois cesser de me battre pour autant ?

Il y a prescription, donc Tais-toi…

 

Ma dépression, elle, n’est pas au courant que les faits sont prescrits.

La dépression, les flash-backs, les envies suicidaires, ne s’arrêtent pas tout bêtement sous le prétexte de la prescription.

 

Les choses sont d’ailleurs bien pire maintenant pour moi, depuis que j’ai porté plainte, depuis que j’ai parlé et que mon affaire a été classée.

 

La vie de mon agresseur n’a jamais été bousculée par rien.

Alors que ma vie à moi a perdu tout son sens.

 

On nous dit qu’accuser détruit des vies, les vies de ces pauvres hommes pour qui les faits sont prescrits.

Il faudrait éviter de leur mettre le nez dans leur merde et de leur rappeler leurs méfaits. C’est du passé, après tout…

C’est vrai, quoi, puisque la justice a décidé qu’il n’y avait pas à poursuivre, alors autant se taire et mourir en silence.

 

Sa vie à lui n’est pas détruite par mes accusations.

La mienne est détruite depuis qu’il m’a fait tout ça.

 

Il peut continuer sa vie.

La mienne s’est arrêtée à 14 ans, et je peine à la reprendre.

J’ai 41 ans désormais, et je ne sais toujours pas comment on se relève de tout ça.

 

Sortir du silence et porter plainte ont créé un nouveau traumatisme.

 

Mais ça n’a plus d’importance pour personne, parce que les faits sont prescrits.

Et tout le monde dort sur ses deux oreilles, quand mes nuits à moi sont proches de l’enfer.

 

J’ai parlé pourtant, je devrais aller mieux, mais c’est tout le contraire.

 

J’ai parlé et j’ai porté plainte pour essayer de donner du sens à ma vie.

Mais ma vie a encore moins de sens qu’avant depuis tout ça.

 

C’était parler ou mourir. Alors maintenant je dois vivre.

Vivre, oui, mais dans quel état ?

 

Il n’ira pas en prison, et j’ai toujours des barreaux autour de moi.

dimanche 23 janvier 2022

Plus je m'en éloigne et plus j'y reviens.

A la fin, il ne reste que ça, toujours…


Je n'arrive pas à vivre dans un monde où les agresseurs restent impunis/en possibilité de faire encore du mal/en poste/vivant de manière parfaitement normale, avec des gens qui savent mais qui continuent de se taire.


Ce n'est pas le monde qu'on m'a vendu, ce n'est pas dans ce monde que je veux vivre.


Mais je ne peux pas faire la naïve et dire que je ne savais pas que ça pouvait arriver.
Je sais que c'est arrivé à d'autres, et ça me révoltait sans pour autant m'empêcher de vivre.

 

Maintenant, ça m'arrive à moi, et quand j'y pense, j'étouffe, je bloque, je ne respire plus.

Maintenant, ça m'arrive à moi et mon cœur s'est brisé, émietté.

 

Je dois résoudre la question : comment puis-je vivre dans un monde pareil ?

 

J'ai résolu une partie de la question en continuant de parler, d'écrire et de me battre.
Et je pensais que ça suffirait, mais ça ne suffit pas.


On m’a conseillé de me détacher de tout ça, de prendre du recul.


Et peut-être que c'est vraiment ce qu'il faut que je fasse, pour éviter que ça me détruise.

Et peut-être que j'y arriverai un jour.


Mais pour le moment je n'y arrive pas, et je n'arrive pas à résoudre la question.

 

Et vous, vous savez ? Comment fait-on pour vivre dans un monde où les agresseurs sont impunis, presque glorifiés ?

Comment vous faites, vous, pour vivre dans ce monde-là ?

 

samedi 22 janvier 2022

Parfois, il n’y a pas les mots parce que ce qu’on ressent est au-delà des mots, ou en-dehors des mots.

 

Déception Humaine, c’est le plus proche de ce que je ressens.

 

Qu’est-ce qu’une Fédération qui fait des promesses et ne les tient pas ?

Qu’est-ce que ce silence, cette attitude, ce maintien à l’écart de victimes qui ont parlé, qui ont souhaité justice et réparation ?

Des victimes qui pensaient bien faire, qui pensaient aider à changer le monde, le rendre un peu plus meilleur qu’il n’est…

Quelle est cette attitude de déni, d’enfermement, et de laisser faire ?

 

Ils ont fait des promesses.

Ils nous ont dit « Parlez, votre parole sera écoutée, entendue. »

« Parlez, les agresseurs ne gagneront plus la partie. »

 

Mais les victimes ont parlé et les agresseurs ont gagné, malgré tout.

 

Toujours en poste, jamais inquiétés, toujours libres.

La faute à une justice qui manque de moyens et à des Fédérations qui restent sourdent, préfèrent se voiler la face.

On éjecte les victimes, gênantes dans leurs dénonciations, et on garde les agresseurs.

Parce que c’est plus facile de s’aveugler, fermer les yeux, fermer et ne plus voir.

 

La vérité c’est que nous sommes bien plus nombreuses que ça.

Il y a celles qui crient, qui osent, qui parlent, qui dévoilent. Mais il y a toutes les autres.

Celles qui ont essayé de parler, et qu’on a muré d’office dans le silence.

Celles qui ont peur de parler, parce qu’elles voient comment sont traitées les premières.

Il y a celles aussi, qui se croient seules et isolées, qui n’ont jamais osé dire, pensant que ça n’en valait pas la peine.

 

Mais vous n’êtes pas seules. Vous ne l’avez jamais été.

Un agresseur fait rarement une seule victime dans sa carrière d’agresseur.

Et le silence des Fédérations n’aide pas.

 

C’est plus facile de ne montrer que le côté joli, le côté qui brille de médailles d’or ou d’argent.

C’est plus facile de ne s’intéresser qu’aux victoires, et de laisser les côtés plus sombres.

 

Combien de victimes allez-vous sacrifier sur l’autel de votre silence ?

 

« La libération de la parole, enfin ! » disent-ils tous.

Mais on s’est fait avoir.

On nous a fait miroiter.

 

« Cette fois, nous avons pris conscience du problème, nous le prendrons à bras-le-corps. »

Mais vous n’avez pris conscience de rien  du tout.

 

Vous n’avez aucune idée de la réalité des choses, et vous n’avez même pas envie de faire l’effort. Voilà la vérité.

  Le club de Bondouble était au courant dès 2018. Ensuite il est resté en Ile de France et a monté une association de stages de Hand à desti...