mardi 5 avril 2022

On ne s’expose pas publiquement pour récolter la gloire. Surtout quand il s’agit de violences sexuelles. Vous avez remarqué ce qu’on récolte, quand on parle de viol… certainement pas des lauriers.

 

Il n’y a rien de pire que d’exposer sur la place publique les détails d’une agression, les détails d’une relation d’emprise, et à quel point on a été naïf, amoureux, comment on s’est laissé berner… et tout le temps que ça nous a pris pour réaliser que ce qu’on a vécu n’était pas normal.

 

Longtemps j’ai eu des nausées, et l’impression que les gens ne voyaient plus que ça de moi.

L’impression  que, quand ils me regardaient, c’était l’agression qu’ils voyaient. La salissure…

 

La vérité, c’est qu’on s’expose publiquement parce qu’on espère aider à changer et améliorer le monde…

 

On offre notre vie et notre histoire en sacrifice sur la place publique dans l’espoir que ces horreurs ne se reproduisent plus. Pour que le monde comprenne la réalité de beaucoup d’entre nous, la violence, le traumatisme.

 

On offre notre voix pour celles qui ne peuvent pas encore en parler.

 

Mais je me demande, est-ce qu’on change vraiment le monde ? Puisque ceux qui portent des œillères depuis le début continueront de les porter malgré notre parole…

 

Pour moi, ces deux années et demi de combat ont été une aventure, la plus grande, la plus forte, et la plus douloureuse de ma vie.

Pour moi, ça a changé les choses. Après cela, plus rien ne sera comme avant, toute ma vie est bouleversée.

 

Mais pour le monde, cela ne représente rien. Ce n’est que mon témoignage ajouté à d’autres.

Il a peut-être tremblé légèrement, mais il est assez vite revenu à ses petites habitudes, en promettant de changer deux-trois trucs, histoire qu’on lui foute la paix.

 

Est-ce que c’est juste ?

Est-ce que c’est comme ça que les choses doivent être ?

 

Devons-nous attendre qu’un jour, d’autres victimes offrent leurs histoires en sacrifice, pour que les choses bougent réellement ?

 

Et pourquoi attendre ?

 

Il n’y a pas que moi, il n’y a pas que mon histoire, il y a toutes celles d’avant.

Et pourquoi le monde n’a pas voulu changer pour elles, avec elles ?

 

Est-ce qu’il changera vraiment un jour, ce foutu monde, ou bien est-ce qu’on attend en vain ?

 

J’aimerais faire plus, j’aimerais faire mieux.

Mais je sais aussi que je fais déjà ce que je peux, à mon échelle, à mon niveau.

Et que ce qui semble peu est parfois beaucoup.

 

lundi 4 avril 2022

Plus les victimes parlent publiquement, et plus on se rend compte du traitement qui leur est réservé, depuis toujours, par la justice et par leurs proches.

 

Autant d’années de combat, pour voir que rien n’a changé… ou si peu. Et trop peu.

 

Nous sommes toujours les potentielles menteuses risquant un procès en diffamation ou dénonciation calomnieuse si nous dénonçons.

Nous sommes toujours les pestiférées qui n’auraient pas dû ouvrir la bouche…

 

Mais désormais, notre combat rend public ce qui était autrefois bien caché.

Et nous pouvons nous indigner ensemble, publiquement aussi, sur l’anormalité et l’horreur d’un tel traitement.

 

Je pense actuellement à Coline Berry, qui a eu son procès en diffamation avant même que l’enquête concernant les faits qu’elle dénonce n’ait eu lieu.

 

Je pense à toutes ces mères qui dénoncent à la Ciivise le sort réservé à leurs enfants victimes.

Plus elles tentent de protéger leurs enfants, et plus elles risquent elles-mêmes d’être pénalisées.

Et on laisse l’enfant entre les mains du potentiel agresseur, au nom d’un lien qu’il ne faudrait par rompre…

 

Je pense à la grande famille du cinéma qui protège largement les agresseurs connus.

Et à la grande famille du sport, qui resserre ses liens de la même manière.

 

Les victimes ne sont pas protégées.

Mais les agresseurs le sont.

 

Sous couvert de la présomption d’innocence des uns, et de la présomption de mensonge des dénonciatrices.

 

Et parce que « c’est un homme bien, après tout… ».

 

Oui, ce sont des hommes « biens », en tout cas qui présentent bien, c’est le principe, et c’est le danger aussi, malheureusement.

 

Les agresseurs ne se promènent pas avec une pancarte d’agresseur, parce que sinon personne ne leur ferait confiance…

Ils montrent patte blanche, s’efforcent de bien présenter en société, d’être ouverts et sympathiques…

 

Seules les victimes connaissent l’autre visage, le vrai visage. Le monstre.

 

Et le monde entier refuse d’écouter, préférant fermer les yeux sur les vérités que nous tentons d’exposer.

 

Après tant d’années de combat, si peu d’avancées… Mais il faut continuer, persévérer, et continuer encore.

 

Plus la parole se libère, et plus ils seront forcés de nous écouter, et de voir le côté sombre qu’ils refusent d’admettre.

 

Car, non, définitivement, tout ce qui brille n’est pas or, et les apparences sont trompeuses.

Nous le savons, pour l’avoir vécu.

A eux, désormais, de l’accepter et de le voir, vraiment.

 

  Le club de Bondouble était au courant dès 2018. Ensuite il est resté en Ile de France et a monté une association de stages de Hand à desti...