On ne s’expose pas publiquement pour récolter la gloire. Surtout quand il s’agit de violences sexuelles. Vous avez remarqué ce qu’on récolte, quand on parle de viol… certainement pas des lauriers.
Il n’y a rien de pire que d’exposer sur la place publique les détails d’une agression, les détails d’une relation d’emprise, et à quel point on a été naïf, amoureux, comment on s’est laissé berner… et tout le temps que ça nous a pris pour réaliser que ce qu’on a vécu n’était pas normal.
Longtemps j’ai eu des nausées, et l’impression que les gens ne voyaient plus que ça de moi.
L’impression que, quand ils me regardaient, c’était l’agression qu’ils voyaient. La salissure…
La vérité, c’est qu’on s’expose publiquement parce qu’on espère aider à changer et améliorer le monde…
On offre notre vie et notre histoire en sacrifice sur la place publique dans l’espoir que ces horreurs ne se reproduisent plus. Pour que le monde comprenne la réalité de beaucoup d’entre nous, la violence, le traumatisme.
On offre notre voix pour celles qui ne peuvent pas encore en parler.
Mais je me demande, est-ce qu’on change vraiment le monde ? Puisque ceux qui portent des œillères depuis le début continueront de les porter malgré notre parole…
Pour moi, ces deux années et demi de combat ont été une aventure, la plus grande, la plus forte, et la plus douloureuse de ma vie.
Pour moi, ça a changé les choses. Après cela, plus rien ne sera comme avant, toute ma vie est bouleversée.
Mais pour le monde, cela ne représente rien. Ce n’est que mon témoignage ajouté à d’autres.
Il a peut-être tremblé légèrement, mais il est assez vite revenu à ses petites habitudes, en promettant de changer deux-trois trucs, histoire qu’on lui foute la paix.
Est-ce que c’est juste ?
Est-ce que c’est comme ça que les choses doivent être ?
Devons-nous attendre qu’un jour, d’autres victimes offrent leurs histoires en sacrifice, pour que les choses bougent réellement ?
Et pourquoi attendre ?
Il n’y a pas que moi, il n’y a pas que mon histoire, il y a toutes celles d’avant.
Et pourquoi le monde n’a pas voulu changer pour elles, avec elles ?
Est-ce qu’il changera vraiment un jour, ce foutu monde, ou bien est-ce qu’on attend en vain ?
J’aimerais faire plus, j’aimerais faire mieux.
Mais je sais aussi que je fais déjà ce que je peux, à mon échelle, à mon niveau.
Et que ce qui semble peu est parfois beaucoup.
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