dimanche 27 février 2022

Je crois que l’agresseur est mort en moi maintenant.

Je crois que l’emprise est terminée et que désormais je suis libre.

 

Il aura fallu 26 années et un travail thérapeutique énorme pour que cela puisse se faire…

 

Vingt-six années passées à avoir peur, de lui et du monde extérieur.

 

Peur de mal faire, peur de ne pas faire assez, de ne pas être assez.

Peur d’exister, peur d’être trop.

Peur de vivre.

Peur des représailles si je parlais…

Peur d’être vraiment moi.

Peur de l’autre et du mal qu’il pourrait me faire.

Peur de faire confiance.

 

Vingt-six années gouvernées par la peur.

 

Mais maintenant, cette partie de lui est morte en moi, et je peux exister.

 

Je peux enfin être moi, sans avoir peur d’être trop.

Je peux vivre.

 

Et je peux faire confiance aussi, parce que l’autre n’est pas toujours cette personne destructrice et avide de pouvoir, qui pourrait m’utiliser pour se satisfaire.

 

Je n’ai plus peur du monde parce que désormais je saurai me protéger et me défendre.

 

Après 26 années de prison, je me sens enfin libre, vivante et légère.

 

samedi 26 février 2022

Ma manière de fonctionner autrefois, c’était de contrôler mes émotions.

Je contrôlais tout, j'enfermais les émotions, je les séparais de moi…

 

Parce que ma colère était trop grande et pouvait me mener aux extrêmes.

Parce que ma tristesse était immense et m’a donné souvent envie de mourir.

D’un autre côté, quand ma joie s’exprime, elle est également explosive…

 

Je contrôlais pour ne pas avoir les souvenirs qui revenaient sans cesse.

Je refusais mon passé, je le refoulais hors de moi, le plus loin de moi possible, ainsi que toutes les émotions qui y étaient liées.

 

C’était plus facile de vivre ainsi… Mais au final, je me sentais comme une coquille vide.

 

L’année dernière, mon burn-out m’a conduit à une explosion d’émotions que je ne savais plus gérer.

J’ai perdu le contrôle…

J’ai eu beaucoup de symptômes, vertige de vivre, mal au cœur, angoisses incroyables qui m’empêchaient de me lever.

 

La vie est plus calme depuis quelque temps et me permet de réfléchir plus sereinement, et de ressentir plus sereinement aussi.

 

Alors j’ai décidé de créer un journal de bord de mes émotions.

Parce que je ne souhaite plus revenir dans les extrêmes, soit l’extrême contrôle, soit l’extrême expression de ces émotions.

Parce qu’il me faut revenir aux bases…

 

J’ai imprimé ce nuancier, et je vais m’en servir.

Tous les jours, je noterai comment je me sens, ce que je ressens, quelles sont les émotions qui me traversent.

 

J’espère ainsi pouvoir mieux gérer, et surtout sans contrôle.

 

Ces deux dernières années ont été à la fois les pires et les plus libératrices de ma vie. J’ai l’intention qu’elles me servent de leçon pour avancer.

Parce que maintenant, il me faut avancer. Accepter mon passé, accepter les émotions qui vont avec.

Et vivre en paix avec moi-même.

 


vendredi 25 février 2022

Ce podcast https://open.spotify.com/episode/1xEEJg8ml5wqnb8Jxya7CO me rappelle des propos que quelqu’un m’a tenu l’année dernière :

« Ça implique trop de choses pour eux de prendre votre parole en compte. Eux, ils ont le choix de faire comme si ça ne s’était pas passé. Vous, vous n’avez pas le choix. »

 

Parce que, durant les deux années et demi de mon combat pour sortir du silence, pour être crue et prise au sérieux dans ma dénonciation, j’aurais eu besoin de soutien.

J’avais besoin d’être soutenue par ma famille handballistique, celle-là même qui me refusait et m’opposait le silence pour toute réponse.

 

J’ai beaucoup souffert de ça. Cette impression de ne pas être crue, de ne pas être entendue. Le silence qui entourait mon affaire.

 

Et même quand on me tenait ces propos, même quand on m’expliquait que j’attendais l’impossible, je continuais d’attendre un retour.

 

J’en ai perdu le goût de vivre, et ma confiance en l’être humain.

 

J’avais beau me dire que ce n’était pas important, mon cœur me criait que ça l’était.

J’avais beau tenter de me convaincre que je n’aurais rien, je continuais d’attendre.

 

L’écoute et le soutien sont effectivement arrivés de l’extérieur du cercle, l’extérieur de cette famille qui tentait de me nier.

Et la reconstruction se fait petit à petit.

 

Ce qui m’a sauvée récemment (et vraiment tout récemment), c’est d’abandonner enfin véritablement l’idée d’être crue.

C’est un long travail, qui ne s’est pas fait comme ça.

 

J’ai passé beaucoup de temps à crier, hurler, m’époumoner dans le vide.

Jusqu’à ce que je décide que je n’en avais plus besoin, et qu’à force je perdais seulement ma voix et mon énergie.

Une voix et une énergie qui pouvaient être utilisées à d’autres choses plus importantes.

 

Désormais, que l’on me croit ou non n’a plus d’importance.

 

Le tri s’est fait dans mon entourage, et en le faisant j’ai nettoyé ma vie de tout ce qui pouvait continuer d’être toxique et néfaste pour moi.

 

 

 

samedi 19 février 2022

Bientôt un an que j’ai créé cette page.

Il s’en est passé des choses en un an…

 

Cette page a été faite comme un appel aux autres victimes du Handball, pour nous réunir.

Pour raconter mon expérience aussi même si à l’époque, plongée dans le tourbillon du traumatisme et de la justice, il m’était impossible de raconter quoi que ce soit.

 

Un an, et beaucoup d’obstacles…

L’année dernière je me suis crue mourir plusieurs fois. Je me sentais mourante, je voulais m’effacer, ne plus exister.

Mais je suis toujours là…

 

Cette page a été créée comme un cri d’appel, parce que je me sentais seule dans le Hand.

Horriblement seule.

Et je me sens toujours seule, parce que mon cri n’a pas porté assez loin.

Ni pour les autres victimes, ni dans le Hand.

En cela, j’ai la sensation d’un échec.

 

Le tabou dans le monde du Handball est tenace, encore.

Personne ne parle.  

Les plus concernés sont justement les plus verrouillés sur le sujet.

 

Pourtant, à lire le Handinfos on voit bien que d’autres affaires sont sorties, et que la prise de parole était nécessaire.

Elle l’est toujours.

 

Mon cri, je l’espère, continuera de porter sa voix aussi haut qu’il le peut, pour être entendu un jour, véritablement.

Et j’espère toujours que d’autres cris viendront le rejoindre.

 

Oui, parler publiquement est difficile.

Dire «  Je suis victime, et voici les détails de mon viol » est un saut dans l’inconnu.

Il faut franchir le pas de la peur, celui de la honte, et les regards qui jugent.

J’ai parfois regretté de l’avoir fait, et d’avoir étalé mon combat sur la place publique.

 

Mais, malgré les difficultés et les doutes, je continue de penser que c’est nécessaire de le faire.

Parce que cela ouvre la voie pour les autres, les prochaines.

Celles qui n’osent pas parler encore, celles qui ont peur de le faire, celles qui ne savent pas ce qui les attend aussi.

 

Parce que parler, c’est aller vers l’inconnu, prendre une route nouvelle et qui peut être tout aussi destructrice que constructive.

 

Parler, c’est faire exploser le monde en même temps que soi-même, et devoir tout reconstruire pièce par pièce.

On croit toujours qu’on n’en sera pas capable, mais en réalité on l’est.

On croit qu’on ne tiendra pas le coup, mais on y arrive.

On pense qu’on va mourir après, mais la vérité c’est qu’on revit, à l’image du Phénix qui renaît de ses cendres.

jeudi 17 février 2022

J’ai régulièrement envie de leur demander :

Mais alors ça vous fait quoi ?

 

Ça fait quoi d’être ami avec un violeur ?

D’être arbitré par un violeur ?

De rire aux blagues salaces d’un violeur ? (parce que je connais son humour sale, et je connais bien plus que son humour d’ailleurs).

Ça fait quoi de garder un violeur dans votre fédération, votre ligue, votre comité, votre club ?

 

Est-ce que vous arrivez à le regarder dans les yeux ?

Est-ce que vous êtes à l’aise dans vos pompes ?

 

Et si j’étais là, en face de vous, est-ce que vous arriveriez à soutenir mon regard ?

 

Ça fait quoi, de savoir, et de rien faire ?

 

Ça fait quoi de décider de faire comme si ?

Ça fait quoi de porter des œillères ?

 

La situation depuis deux ans ne me permet pas d’aller leur poser ces questions directement.

Mais j’aimerais tellement savoir… ça fait quoi d’être de ce côté du miroir, et de décider que ce ne sont pas vos affaires ?

 

Moi, de l’avoir vécu, j’en ai eu la nausée. D’en avoir parlé, j’en ai eu la nausée.

Et j’en ai encore la nausée aujourd’hui, quand je pense au fait qu’il continue de nier et de faire comme si.

 

J’ai la nausée de lui, mais la nausée de vous aussi, si vous saviez.

 

J’ai la nausée du monde, qui nous a dit de parler, mais qui ne nous a pas écouté.

La nausée de la justice qui porte si mal son nom.

 

J’ai la nausée de tout, et d’exister aussi.

Voilà ce que ça me fait à moi.

 

mardi 15 février 2022

On essaie de changer les mentalités, mais je ne sais pas si on y arrive.

J’ai l’impression de faire beaucoup d’efforts pour peu de résultats.

J’ai l’impression que c’est pareil pour tout le monde.

 

On brasse à tout-va, on en parle un peu plus et toujours plus, pour ouvrir les yeux sur la réalité.

Je sais qu’il y a du progrès. Un peu…

Mais combien d’énergie dépensée pour si peu d’avancement ?

Quand les gens vont-ils ouvrir les yeux ?

 

C’est plus facile de les garder fermés, et de faire comme si.

Mais ça n’enlève pas la réalité de la violence, ni la souffrance des victimes.

 

J’en connais qui ferment les yeux à mon sujet et au sujet de mon agresseur.

Parce qu’ils peuvent être contre les violences sexuelles dans l’idéal, mais en vérité c’est bien plus compliqué quand le violeur est quelqu’un de leur entourage… Là, tout à coup, il n’y a plus personne.

 

Alors voilà comment ça fonctionne : on crie, on s’époumone, dans l’espoir d’être entendu.

Les gens font semblant de nous entendre, un peu, acceptent légèrement de nous écouter.

Et puis le nom du coupable est lâché et là, il n’y a plus personne… Parce que c’est leur ami, et qu’ils ne peuvent pas y croire… Parce que c’est quelqu’un de bien, quand même…

 

Et tous ces centimètres qu’on pensait avoir gagné, toute cette confiance qu’on avait mise en l’être humain se retrouve tout à coup brisée à nouveau.

 

Retour à la case départ… La victime restera coupable pour toujours d’avoir parlé, au moins aux yeux de son entourage qui veillera à rester silencieux sur le sujet.

 

Inciter les victimes à parler, oui.

Mais inciter l’entourage à entendre, écouter, croire et comprendre.

Inciter l’entourage à regarder le coupable comme ce qu’il est et non l’image qu’il montre.

Ça, ce serait une nouvelle évolution.

 

Parce qu’un entourage qui accepte de regarder la réalité en face se montrera à l’avenir plus ouvert, et plus compréhensif, dans le cadre d’autres accusations.

Mais pour l’instant, c’est le néant.

Et vous pouvez croire qu’il y a des avancées, mais il n’y en a pas.

 

Parce que tout le monde s’aveugle, se tait, et ne souhaite pas briser ce qui représentait autrefois une famille.

Parce que le groupe se referme autour du coupable, d’un silence qui le protège et qui protège l’unité du groupe, alors que la victime est traitée en paria…

Rien n’a changé, non.

 

Et tout ce que vous voyez comme une évolution n’est que poussière d’étoile.

Demandez aux victimes qui vous entourent… Sauf si vous aussi, vous les avez traité en paria.

 

 

mardi 1 février 2022

Hier je vous ai raconté ce qu’il s’est passé il y a deux ans jour pour jour.

Aujourd’hui je vais parler de ce qu’il s’est passé il y a un an jour pour jour…

 

Je résume grossièrement ce qu’il y a eu entre les deux : après mon audition au commissariat le 08/02/2020, arrivée du covid et confinement.

J’ai rendez-vous avec une psychiatre dans le cadre de l’enquête, mais ce rendez-vous est déplacé au 09/07/2020.

Rien ne peut se passer tant que je n’ai pas fait cette expertise psychiatrique.

Après l’expertise, l’enquête part en Essonne, et il ne me reste plus qu’à attendre…

 

En octobre 2020, commission disciplinaire de mon agresseur. Elle se passe en visioconférence et j’y participe.

A ce moment-là, aucune nouvelle de l’enquête.

 

Je relance fin octobre.

On me répond en novembre qu’une enquête est en cours.

 

Je relance fin novembre, et j’apprends que mon  dossier est dans un commissariat, et qu’une enquête est en cours…

Je contacte le commissariat en question. Ils n’ont pas l’air de savoir de quel dossier je parle…

 

Je laisse passer décembre, les fêtes, le nouvel an.

 

En janvier 2021, je reprends contacte avec le commissariat.

Je crois qu’ils ont trouvé mon dossier mais ils sont très occupés, et tout ça…

 

Je n’en peux plus d’attendre. J’ai porté plainte en 2019, et je n’en peux plus.

A ce moment-là, j’espère que mon agresseur avouera devant les policiers, c’est la raison pour laquelle je suis pressée.

J’ai besoin qu’il porte tout, j’ai besoin de souffler.

 

Mais rien ne bouge, et rien n’a l’air d’avoir envie de bouger.

 

Je contacte différents médias. Le Parisien et La République de Seine-et-Marne me répondent.

Le journaliste du Parisien se déplace à mon domicile pour m’interviewer.

La journaliste de La République de Seine-et-Marne fait son interview avec moi par téléphone.

 

 Je fais un  appel à témoins dans l’espoir de retrouver d’autres victimes.

La police me dit être heureuse que je le fasse, ça peut les aider dans leur enquête.

Là, je comprends que l’enquête, c’est surtout à moi de la mener, du moins pour cette partie…

 

Le 27 janvier 2021, je suis finalement contactée par le commissariat, qui me demande le numéro de téléphone des quelques témoins que j’ai pu citer dans mon dossier.

Je n’ai pas leur numéro… Alors je le leur demande. La chose est délicate et tous ne répondent pas présent.

Mais cette fois-ci, l’enquête a commencé ou va commencer…

 

L’article du Parisien sort le 1er février 2021.

Celui de La République de Seine-et-Marne, le 04 février 2021.

 

C’est encore une épreuve, mais moins difficile qu’en 2020, parce que cette fois-ci je me suis plus habituée à raconter mon histoire publiquement, et parce que l’appel à témoins, passé le 19 janvier 2021, était en réalité la plus grosse épreuve pour moi, celle qui me faisait définitivement sortir de l’anonymat.


 

 

  Le club de Bondouble était au courant dès 2018. Ensuite il est resté en Ile de France et a monté une association de stages de Hand à desti...