On essaie de changer les mentalités, mais je ne sais pas si on y arrive.
J’ai l’impression de faire beaucoup d’efforts pour peu de résultats.
J’ai l’impression que c’est pareil pour tout le monde.
On brasse à tout-va, on en parle un peu plus et toujours plus, pour ouvrir les yeux sur la réalité.
Je sais qu’il y a du progrès. Un peu…
Mais combien d’énergie dépensée pour si peu d’avancement ?
Quand les gens vont-ils ouvrir les yeux ?
C’est plus facile de les garder fermés, et de faire comme si.
Mais ça n’enlève pas la réalité de la violence, ni la souffrance des victimes.
J’en connais qui ferment les yeux à mon sujet et au sujet de mon agresseur.
Parce qu’ils peuvent être contre les violences sexuelles dans l’idéal, mais en vérité c’est bien plus compliqué quand le violeur est quelqu’un de leur entourage… Là, tout à coup, il n’y a plus personne.
Alors voilà comment ça fonctionne : on crie, on s’époumone, dans l’espoir d’être entendu.
Les gens font semblant de nous entendre, un peu, acceptent légèrement de nous écouter.
Et puis le nom du coupable est lâché et là, il n’y a plus personne… Parce que c’est leur ami, et qu’ils ne peuvent pas y croire… Parce que c’est quelqu’un de bien, quand même…
Et tous ces centimètres qu’on pensait avoir gagné, toute cette confiance qu’on avait mise en l’être humain se retrouve tout à coup brisée à nouveau.
Retour à la case départ… La victime restera coupable pour toujours d’avoir parlé, au moins aux yeux de son entourage qui veillera à rester silencieux sur le sujet.
Inciter les victimes à parler, oui.
Mais inciter l’entourage à entendre, écouter, croire et comprendre.
Inciter l’entourage à regarder le coupable comme ce qu’il est et non l’image qu’il montre.
Ça, ce serait une nouvelle évolution.
Parce qu’un entourage qui accepte de regarder la réalité en face se montrera à l’avenir plus ouvert, et plus compréhensif, dans le cadre d’autres accusations.
Mais pour l’instant, c’est le néant.
Et vous pouvez croire qu’il y a des avancées, mais il n’y en a pas.
Parce que tout le monde s’aveugle, se tait, et ne souhaite pas briser ce qui représentait autrefois une famille.
Parce que le groupe se referme autour du coupable, d’un silence qui le protège et qui protège l’unité du groupe, alors que la victime est traitée en paria…
Rien n’a changé, non.
Et tout ce que vous voyez comme une évolution n’est que poussière d’étoile.
Demandez aux victimes qui vous entourent… Sauf si vous aussi, vous les avez traité en paria.
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