Il y a deux ans jour pour jour, alors que le scandale éclatait dans le monde du patinage, j’ai décidé d’écrire moi aussi à « ma » fédération.
J’ai, dans le même temps, répondu à l’appel à témoignage de l’Obs.
La Fédération m’a répondu assez rapidement, et m’a prise au sérieux. A l’époque, au tout début, j’ai été prise au sérieux...
La Cellule de signalement s’est formée (ou reformée, puisqu’il paraît qu’elle existait déjà depuis 2016 ou 2018, ai-je appris plus tard) et m’a contactée.
J’ai eu des échanges par mail, ainsi qu’un appel téléphonique.
J’étais stressée, tétanisée et morte de peur, je ne savais absolument pas ce que je venais de déclencher.
La journaliste de l’Obs m’a contactée également très rapidement, et m’a demandée de la rappeler.
Je déteste le téléphone.
J’ai failli ne pas appeler.
Mais j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai composé le numéro.
La journaliste a pris rendez-vous avec moi, et je l’ai vue quelques jours plus tard.
C’était quelque chose de complètement nouveau et d’absolument étrange pour moi : j’avais rendez-vous avec une inconnue, une journaliste, à qui j’allais raconter mon histoire.
Nous nous sommes installées dans un bar, et l’échange a duré un peu plus de deux heures.
Cela m’a épuisée.
Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour réfléchir à tout ce que je venais de faire, car le soir même de ce rendez-vous, un gendarme est venu sonner chez moi : la journaliste avait appelé le procureur pour savoir où en était la plainte que j’avais envoyé par courrier (porter plainte par écrit m’avait paru plus facile que pousser les portes d’un commissariat), il était enfin temps de m’auditionner…
Mon rendez-vous avec la journaliste était le jeudi, et j’ai été auditionnée le samedi qui a suivi, le 08 février 2020. Six mois après ma plainte écrite.
Je suis sortie de l’audition en miettes. Elle a duré un peu plus de quatre heures.
Il m’a fallu revenir dans les souvenirs, dans le traumatisme, revoir les images.
Et je me souviens que je devais mettre les images sur pause dans ma tête, parce que le gendarme n’écrivait pas assez vite par rapport aux souvenirs qui revenaient.
Ensuite, j’ai dû relire ma déposition, trois fois.
Relire mon viol trois fois…
Le 13 février 2020, l’article de l’Obs avec mon témoignage est sorti en ligne.
La Fédération, de son côté, a sorti un communiqué officiel, pour dire qu’un signalement avait été fait et que tout était entre de bonnes mains.
Je me sentais confiante, soutenue.
J’avais vaincu la peur de parler, la peur que mon histoire se sache, et j’avais dénoncé, enfin, mon agresseur à la fédération.
Une chose que j’aurais pu faire plus tôt, sans doute, mais qui ne m’était jamais venu à l’esprit.
Parce qu’on ne nous a jamais dit, je n’avais jamais entendu nulle part : « si vous avez un problème, parlez à la Fédération ».
Moi, j’avais commencé à en parler à mon entourage, dont une présidente de comité, et tout le monde s’était tu.
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