mardi 6 décembre 2022

 

Comment continuer à vivre dans un monde où nos agresseurs vivent libres...

Libres, se sentant innocentés par une justice qui fait mal son travail, ou par la prescription.

Libres de recommencer, faire d'autres victimes peut-être...

Libres de vivre.


Tandis que nous, on s'enfonce sous le poids d'une injustice trop forte.

On s'enfonce d'avoir parlé, de s'être battues pour rien.

C'était peut-être pas pour rien, mais c'est l'impression qui nous reste...


Et tout ce qui a été perdu sur le chemin de la parole libérée...

Car vous croyez que c'est facile, vous croyez que nous sommes fortes... Mais c'est une erreur.


Quand une victime parle, quand elle ose dire tout ce qui lui est arrivé, elle a mobilisé tout ce qu'il reste de vie et de force en elle pour le faire.

Quand une victime parle, assez souvent, c'est parce qu'elle en arrive à ce point de sa vie, ce choix délicat entre Parler, ou bien Mourir.


On parle pour essayer de se déterrer, dans un ultime regain de survie. Pour sortir de la prison de verre qui nous sépare du monde, pour être enfin libre.

Parce qu'on ne supporte plus une vie faite de silences et de compromis.


Et au final, après ce combat incroyable que nous devons mener pour être entendues et crues, pour que notre agresseur soit enfin arrêté... Au final, de tout ça, il ne reste rien.


Ni notre vie ni notre monde ne se renverse.

Après la prison du silence, reste la prison du traumatisme. Parce que parler ne nous libère pas de ça. Et qu'il nous reste encore beaucoup de chemin à faire pour aller mieux.


Mais l'agresseur, lui, toujours, se relève pimpant et libre.


Comment se relever après ça ?

Par quel bout reprendre la vie ?


A-t-elle encore un sens, d'ailleurs, cette vie ?

Violeurs en liberté.

Victimes traumatisées, toujours emprisonnées.


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